J’aime l’odeur du vernis et avoir les mains pleines d’encres. J’aime aussi la douceur du papier coton et la finesse des incisions sur la plaque de métal. J’aime surtout la rencontre amoureuse entre ces deux matériaux incompatibles que sont le zinc et le papier qui, sous le passage de la presse, révèlent le meilleur de chacun d’entre eux. J’aime cette dualité entre un art fort, marqué par le travail du métal, l’attaque de l’acide, la rudesse des machines, des outils et du feu que contre-balancent la blancheur du papier, la douceur des couleurs, la fragilité des incisions et des détails. La gravure est, pour moi, un art complet.
Aujourd’hui, après quinze ans de pratique, je peux dire que c’est un art exigeant, qui nécessite d’avoir un réel savoir-faire. C’est aussi une pratique incertaine, où on travaille à l’aveugle, à l’envers, en miroir et de façon indélébile. Il faut alors développer un lâcher prise pour contourner l’application qu’exige cette technique et nous entraîne vers un rendu trop strict, axé sur le détail, tout en respectant la méthode pour obtenir une morsure correcte. Et je continue ainsi de découvrir la gravure tous les jours : mixer les procédés, inventer des effets, se laisser surprendre par le résultat à la sortie de presse : la gravure nous emmène toujours ailleurs, il faut alors tirer profit des accidents, adapter l’impression pour tendre vers le résultat souhaité, faire preuve d’inventivité. Rien n’est jamais acquis, cela devient un jeu, un dialogue entre soi et la gravure.
Sur l’impulsion de l’atelier méditerranéen dans lequel j’ai pris place, j’aime à travailler la couleur. La gravure étant l’ancêtre de Photoshop, il me faut décomposer les couleurs cyan, magenta, jaune, sur différentes plaques. Se posent alors des complications liées aux calages des reports des plaques et de l’impression sur papier. Se pose aussi la question des associations de couleurs. Les couleurs ne fonctionnent pas comme en peinture, elles se superposent plus qu’elles ne se mélangent. D’ailleurs, la plaque en zinc oxyde les couleurs si bien que la couleur obtenue est toujours très différente de celle sortie du tube, il m’a fallu alors apprivoiser les couleurs. Mon objectif est donc de sortir la gravure de cette habitude du noir et blanc et au contraire de proposer un tableau qui aurait pour media la gravure, en présentant des œuvres plus grandes, plus colorées, plus picturales.